D’une simple balade en raquette à la naissance d’un sport extrême…

La neige tombe tôt en cette année 2019 et ce début de mois de Novembre affiche déjà des conditions hivernales. Un grand soleil est prévu pour le dimanche 17. Julien propose une rando en raquette à Gréolières pour profiter de la neige tombée quelques jours plus tôt. Pierre-Emmanuel, Cannelle et moi-même répondent à l’appel. Objectif: Partir du bas des pistes à 1300 et atteindre la cime du Cheiron à 1770m.

Nous arrivons sur place vers 11h. Le paysage n’a rien à voir avec ce qu’on a pu voir sur le trajet quelques mètres plus bas : tout est blanc autour de nous, et les branches des pins sont encore couvertes de neige. Il n’y a pas un nuages et la neige est brillante et parfaitement poudreuse : une bonne journée en perspective !

On équipe nos raquettes et c’est parti pour la montée. Julien, guide chevronné ayant la phobie des chemins, nous fait très rapidement quitter le sentier pour nous faire faire un peu de hors-piste. On passe dans des terrains un peu accidentés entre les sapins et les rochers. C’est vrai que c’est plutôt sympa de faire sa trace et ça permet de tester notre équilibre en raquette… il y a encore du progrès à faire :

 Après une demi-heure de marche hors-piste, au détour d’un bosquet, on tombe sur un petit chalet isolé. Il s’agit d’un châlet de l’ONF (office national des forêts). La porte est ouverte et le châlet semble à la disposition de tous. L’intérieur est simple mais chaleureux. Il y a une grande table pour y faire un festin ainsi qu’un poêle pour être au chaud faire fondre le fromage.

On se dit que ça pourrait être fun d’y retourner en semaine après le travail et d’y passer la nuit pour faire une bonne coupure. Affaire à suivre… (Cannelle on compte sur toi ;p).

On repart après cette petite pause et nous arrivons dans une zone assez plate. Il fait rapidement très chaud, et nous enlevons quelques couches. En grands gentlemen, tous les garçons aident Cannelle à se rafraîchir à l’aide de quelques boules de neige.

Il ne neigeait pourtant pas ce jour là… bizarre…

Après une petite-heure de plat, nous arrivons au pied d’un face un peu plus raide qui mène à la crête. On décide de faire une pause pique-nique pour prendre des forces avant la montée. La vue est dégagée et on est surpris du nombre de silhouettes qui se dessinent sur la crête au loin. On est nombreux à profiter du soleil et la neige ce jour là, et l’on croise plusieurs groupes équipés de raquettes ou de luges.

Le ventre plein, on s’attaque à l’ascension. P-E, dopé au reblochon, nous montre qu’il est un vrai Savoyard et mène la marche d’un rythme soutenu. En un éclair, nous nous retrouvons au sommet. Le paysage est saisissant. Le vert des prairies et le bleu de la mer contrastent avec le paysage hivernale derrière nous. La vue est complètement dégagée et on arrive même à voir au loin l’île du Levant ainsi que Porquerolles !

mé ke cé bo

Nous suivons encore un peu la crête en direction du retour. Dans un groupe au loin, on pense apercevoir une tête connue. Nous crions “Maaaaaaaarieeee” en leur direction. Après s’être pris quelques vents, une tête blonde se retourne enfin. Il s’agit bien de Marie de l’Assa. On se joint à son groupe et faisons un bout de chemin ensemble en discutant sur la crête. Nous voilà arrivés à… Jérusalem, drôle de nom. Il s’agit du sommet adjacent au Cheiron.

Un peu plus loin, nous voyons une bonne pente bien raide de poudreuse immaculée. Julien, qui y voit une opportunité de plus pour quitter le sentier, nous propose d’essayer ce raccourci. Nous quittons le groupe de Marie et acceptons de le suivre. Tout d’un coup, Julien commence à partir en sprint en raquettes dans la pente. On l’imite tous en s’élançant à sa poursuite. Evidemment, c’est un peu galère de courir en raquettes dans de la grosse poudreuse, et je vois successivement Julien et P-E se casser la gueule à pleine vitesse devant moi. Heureusement pas de blessés. C’est ensuite parti en batailles de boules de neige pour finir le boulot.

Ah ben si il neigeait bien finalement !

Engourdis par le froid, nous poursuivons notre descente et arrivons dans une forêt plus dense.


Il y avait quelque chose de spéciale dans cette forêt, quelque chose de mystique… Un arbre se détachait au loin. C’était un pin majestueux, aux branches touffues et chargées de neige. Je m’immobilisai pour l’admirer, comme hypnotisé. Sa cime, auréolée de lumière, m’appelai. La suite me parut alors comme une évidence. 

Je me suis rapproché de sa base et fis un premier pas en hauteur pour atteindre l’épaisse couche de neige de sa première rangée de branche. Une fois rééquilibré, je m’élançai une seconde fois à l’aide de ma raquette, pour atteindre une branche supérieure. Je sautai de branche en branche, admiratif des plateformes généreuses que la nature mettait à ma disposition, jusqu’à atteindre la cime de l’arbre. C’était encore dur à réaliser, mais le raquette climbing venait tout juste de naître…


La raquette climbing, un sport pas comme les autres.

Vous l’aurez compris, le raquette climbing consiste donc à escalader des arbres enneigés à l’aide de raquettes aux pieds. Les raquettes sont parfaitement adaptées à cette pratique : la portance qu’elles offrent permet au grimpeur de ne pas passer à travers les branches ainsi que de prendre de bons appuis sur la couche de neige les recouvrant. Il est à noter que c’est un sport réservé aux professionnels, et que l’utilisation de tout matériel de sécurité est formellement proscrite par la fédération.

Mais le raquette climbing, ce n’est pas uniquement un sport extrême. Cette activité est également empreinte d’une dimension écologique et philosophique majeure. 

Le président de la FFRC – Federation Francaise du Raquette Climbing

En effet, lorsque le grimpeur se déplace se branche en branche, il fait tomber la neige des branches de l’arbre. Ce dernier est ainsi libéré de son entrave et peut donc exercer pleinement son rôle de “poumon de la planète”.

La raquette climbing est également considéré comme un art éphémère. Les arbres les plus imposants peuvent offrir plusieurs voies au grimpeur. Mais la neige étant balayée à chaque ascension, chaque voie ne peut être effectuée qu’une seule fois. Il est donc nécessaire de “flasher” la voie. La compétition n’est donc pas possible et va d’ailleurs à l’encontre des valeurs portées par ce sport. Le raquette climbing doit représenter un combat personnel et le grimpeur doit être en parfaite symbiose avec la nature et les éléments pour libérer l’arbre de son entrave. Lorsqu’il est correctement pratiqué, il est commun pour le grimpeur-philosophe d’atteindre un état de béatitude et d’éveil de sa conscience, qui s’apparente au nirvana.

Racket climbing is the last bastion of humanity facing the rise of populism.

Adam Ondra

Les techniques de bases du raquette climbing

Voici quelques techniques de base du raquette climbing si vous souhaitez débuter. Je rappelle toutefois que c’est un sport extrême et qu’il est fortement conseillé d’être encadré par un membre de la fédération.

Epilogue

Suite à la découverte du raquette climbing, on passe évidemment le reste de la journée à trouver de beaux projets de raquette climbing et à s’y coller. Voici un aperçu de nos plus belles réussites (merci Cannelle pour le montage) :

La nuit approchant, on est contraints de retourner à la voiture. On doit laisser derrière nous quelques pins prometteurs, et nous essayons de repérer les futurs projets de notre prochaine cession de raquette climbing.

Juste avant l’arrivée, nous avons droit à une petite performance artistique de Julien et Cannelle qui nous régalent et nous montrent qu’on peut faire preuve de grâce et sensualité même avec des raquettes.

Voilà une belle journée qui s’achève. Sur le chemin du retour, on réalise qu’on a oublié de remplir l’objectif principale : monter sur la cime du Cheiron, oops ! On était pourtant juste à côté ! Heureusement, on peut quand même se targuer d’avoir inventé un sport (que dis-je, une religion !) dont l’humanité n’a pas fini d’entendre parler…

Paul.